« Installer un outil de supervision signifie que l’infrastructure est supervisée. »
Non. Une supervision utile part d’un service attendu, choisit des checks qui prouvent ce service, ouvre uniquement les flux nécessaires, distingue symptôme et cause, puis démontre la détection d’une panne et le retour à un état sain.
01Ce TP ne reconstruit pas le cours d’observabilité
Les principes existent déjà dans SORIA Académie. Réutilise notamment :
reseaux/superviser-symptomes-alerter
reseaux/diagnostiquer-service-bout-en-bout
reseaux/cartographier-services-ports-chiffrement
reseaux/filtrer-flux-inter-vlan-nftables
reseaux/sauvegarder-documenter-exploitation
hardening/etablir-etat-initial-surfaces-exposition
hardening/reduire-services-ports-logiciels-inutiles
hardening/construire-baseline-role-criticite
bts-sisr/construire-dossier-preuves
bts-sisr/conduire-diagnostic-remediation
linux/deployer-apache-dmz
Prometheus/Grafana restent la référence SORIA pour métriques, tableaux de bord et alertes orientées signaux. Ici, le geste nouveau est ciblé : superviser des hôtes et services d’infrastructure avec Centreon puis exploiter un incident.
02Scénario SORIA Distribution
Le laboratoire dispose d’une plateforme Centreon déjà installée et d’une infrastructure minimale :
ZONE-MONITORING
MON-CENTREON01
|
| checks autorisés et documentés
v
DMZ
WEB-DMZ01
- Nginx : HTTPS 443
- Apache backend local : 127.0.0.1:8080
LAN-SERVERS
SRV-DNS01
Le TP ne transforme pas l’installation complète de Centreon en prérequis pédagogique. L’objectif est l’exploitation : déclarer ou découvrir les objets utiles, appliquer des checks, comprendre leurs résultats et conduire un incident.
La topologie et les adresses restent synthétiques. Aucun équipement de production SORIA n’est utilisé.
03Commence par le service rendu, pas par l’outil
Avant de créer un objet Centreon, écris ce que tu veux prouver.
Exemple :
| Objet métier | Preuve utile | Preuve insuffisante seule |
|---|---|---|
| Portail DMZ | résolution DNS + TCP 443 + réponse HTTPS attendue | ping du serveur |
| Serveur DNS | requête DNS réussie pour un nom connu | processus présent |
| Hôte Linux | joignabilité + check du service critique | ICMP seul |
Une ressource UP n’implique pas que son service applicatif est fonctionnel. Inversement, un check UNKNOWN peut signaler un problème de sonde, d’argument, d’agent ou de chemin de supervision plutôt qu’une panne du service utilisateur.
04Établis la matrice de flux de supervision
Ne désactive jamais le filtrage « pour que Centreon fonctionne ». Documente les besoins avant toute règle.
Exemple de matrice à adapter à ton laboratoire :
| Source | Destination | Service | Décision | Justification |
|---|---|---|---|---|
| MON-CENTREON01 | WEB-DMZ01 | TCP 443 | ALLOW | check HTTPS |
| MON-CENTREON01 | WEB-DMZ01 | ICMP | ALLOW ou REFUSE selon politique | check hôte facultatif |
| MON-CENTREON01 | SRV-DNS01 | UDP/TCP 53 | ALLOW si check DNS prévu | vérification DNS |
| DMZ | MON-CENTREON01 | administration | DENY par défaut | pas de besoin métier |
| CLIENT-EXT | MON-CENTREON01 | interface Centreon | DENY | console non publique |
Pour chaque règle ajoutée, conserve :
source
destination
protocole/port
raison
preuve positive
preuve négative
mécanisme de rollback
05Ajoute l’hôte avec un modèle explicite
Centreon organise la supervision autour d’hôtes et de services. Les modèles et Monitoring Connectors permettent de réutiliser les checks sans recopier chaque configuration.
Pour WEB-DMZ01, renseigne au minimum :
nom logique : WEB-DMZ01
adresse : IP ou FQDN du laboratoire
poller : poller prévu par l'architecture
host template : adapté au type de supervision retenu
service critique : HTTPS du portail
Après modification de la configuration, applique le mécanisme de déploiement prévu par ton environnement Centreon puis vérifie que l’objet n’est plus PENDING et qu’un résultat de check réel est disponible.
L’interface exacte peut évoluer selon la version. La preuve demandée porte sur l’objet, le check exécuté et son résultat, pas sur la mémorisation d’un chemin de menu.
06Ajoute un service qui teste réellement le portail
Le check du portail doit viser le service tel qu’il est consommé.
Paramètres fonctionnels attendus :
protocole = HTTPS
nom attendu = portail.dmz.soria.test
port = 443
réponse attendue = succès HTTP défini par le scénario
TLS = validation cohérente avec le laboratoire
Un Monitoring Connector ou une commande de check appelle un plugin. Les templates servent à transmettre les paramètres et seuils de façon réutilisable.
Ne crée pas un plugin maison si un check standard couvre le besoin. Un custom command est une extension avancée, pas le point de départ de ce TP.
07Lis correctement les états
Pour un service, Centreon expose notamment :
OK = le check satisfait les conditions attendues
WARNING = seuil ou condition dégradée
CRITICAL = condition critique détectée
UNKNOWN = le check n'a pas pu déterminer correctement l'état
PENDING = aucun résultat exploitable n'est encore disponible
Ne transforme jamais mécaniquement UNKNOWN en « serveur en panne ».
Construis une fiche d’interprétation :
| État | Première question | Contrôle suivant |
|---|---|---|
| CRITICAL | le service échoue-t-il aussi depuis un client légitime ? | test service + logs |
| UNKNOWN | le plugin peut-il exécuter son check ? | arguments, droits, agent, flux |
| WARNING | quel seuil ou critère est franchi ? | mesure et tendance |
| PENDING | la configuration a-t-elle été déployée et le check planifié ? | moteur/poller/configuration |
08Établis la baseline saine
Avant toute panne volontaire, collecte une preuve commune T0 :
WEB-DMZ01 : état hôte observé
HTTPS : état OK
sortie du check : conservée
heure du dernier check : conservée
résolution DNS depuis le poller : validée
flux réseau attendu : validé
accès HTTPS depuis un client légitime : validé
accès interdit vers une cible non autorisée : toujours refusé
Cette baseline permet de comparer l’incident et la reprise.
09Panne A — arrête le service exposé
Dans le laboratoire uniquement, provoque une panne simple du frontal web, par exemple en arrêtant le service Nginx après avoir préparé le rollback.
Observe successivement :
T1 : service utilisateur indisponible
T2 : nouveau résultat Centreon
T3 : état non-OK confirmé selon la politique de checks
T4 : diagnostic de la cause
Conserve le message du check et l’heure de transition.
Ne modifie pas le seuil ou la commande pour faire disparaître l’alerte. Répare la cause.
10Prends en compte l’incident sans masquer la panne
Un acknowledgement signifie que l’incident a été pris en compte. Il ne répare pas le service et ne doit pas servir à transformer visuellement un problème en succès.
Dans le commentaire d’acquittement, indique au minimum :
qui prend l'incident en charge
hypothèse actuelle
prochaine action
ticket ou référence pédagogique
Un downtime correspond à une période de maintenance planifiée ou contrôlée. Il sert notamment à éviter des notifications inutiles pendant une intervention connue ; il ne doit pas être utilisé après coup pour cacher un incident réel dans les preuves.
11Restaure puis prouve le recovery
Remets le service dans son état attendu avec le mécanisme de retour préparé.
La preuve de reprise doit relier :
service restauré côté système
→ service accessible depuis le client
→ check Centreon redevenu sain
→ heure de recovery
→ politique réseau toujours respectée
Une capture OK sans preuve de la restauration ni du test utilisateur n’est pas suffisante.
12Panne B — casse le chemin de supervision, pas le service
Cette deuxième panne est essentielle pour distinguer indisponibilité métier et indisponibilité de mesure.
Dans le laboratoire, bloque uniquement le flux nécessaire entre le poller et la cible ou introduis une erreur contrôlée dans le paramètre du check, sans arrêter le portail lui-même.
Tu dois démontrer :
portail toujours accessible depuis le client légitime
check Centreon en échec ou UNKNOWN selon le scénario
cause située dans la chaîne de supervision
correction bornée
retour du check à l'état sain
Ce test montre qu’une alerte est un signal à interpréter, pas une preuve automatique de cause racine.
13Ajoute des seuils seulement lorsqu’ils ont un sens
Un seuil doit représenter une dégradation exploitable.
Pour une mesure quantitative, documente :
métrique observée
unité
seuil WARNING
seuil CRITICAL
raison de ces valeurs
risque de faux positif / faux négatif
N’invente pas un seuil « standard BTS ». Les valeurs dépendent du scénario, du service et de la politique d’exploitation.
Pour un simple check fonctionnel HTTPS, l’état attendu peut être binaire sans seuil numérique artificiel.
14Durcis aussi la supervision
Le système de supervision concentre des informations sensibles sur l’infrastructure. Applique les mêmes principes de moindre privilège que pour les autres composants :
console non exposée publiquement
comptes nominatifs ou rôles adaptés au laboratoire
secrets de checks hors captures et dépôt Git
flux du poller limités aux besoins
checks non privilégiés lorsque possible
accès d'administration séparé du trafic supervisé
changements traçables
Si des droits Centreon sont délégués, limite les actions au périmètre nécessaire : lecture, acquittement ou maintenance ne justifient pas automatiquement des droits d’administration globale.
15Compare Centreon et Prometheus sans chercher un vainqueur
Complète le tableau avec ce que tu as réellement observé :
| Question | Centreon dans ce TP | Prometheus dans le cours existant |
|---|---|---|
| objet principal | hôte / service / check | métrique / série temporelle / règle |
| approche du TP | supervision infrastructure | collecte de signaux et alerting |
| preuve de panne | changement d’état + sortie du check | métrique + condition/règle |
| historique | événements/états selon configuration | séries et règles selon rétention |
| diagnostic | check + contexte système/réseau | métriques + autres signaux |
La conclusion attendue n’est pas « l’un remplace l’autre ». Les deux approches peuvent se compléter et la compétence BTS reste indépendante du produit.
16Dossier de preuves
Pour clôturer le TP, construis un tableau :
| Exigence | Contexte | Action | Résultat / vérification | Limite |
|---|---|---|---|---|
| superviser HTTPS | portail DMZ | service check | état + sortie + test client | ne couvre pas tout le parcours utilisateur |
| détecter panne | Nginx arrêté | observation incident | transition non-OK | délai lié à l’intervalle de check |
| prendre en charge | incident confirmé | acknowledgement | opérateur + commentaire | n’est pas une correction |
| restaurer | service réparé | recette complète | client + Centreon OK | dépendances externes non testées |
| distinguer monitoring/service | flux poller cassé | diagnostic | portail sain, check en échec | périmètre laboratoire |
Ajoute les preuves négatives qui montrent que les flux interdits restent interdits.
✓Ce que tu dois savoir défendre
Tu dois être capable d’expliquer pourquoi chaque hôte et service est supervisé, ce que mesure réellement son check, quels flux lui sont nécessaires, comment interpréter ses états, comment traiter un incident sans le masquer et comment prouver le retour à un état sain.