Projet · Phase 0

La virtualisation, par la pratique

Ton serveur t'attend avec Proxmox déjà installé. Avant toute théorie, on va créer de vraies machines dedans — et découvrir ce que « virtualiser » veut vraiment dire.

⏱ ~1 h 30Niveau débutantPrérequis : bases LinuxPratique · TP
L’idée reçue

« Un serveur, c’est une machine, avec un système. Une seule. »

C’est vrai pour ton ordinateur. Mais un serveur moderne, lui, peut héberger des dizaines de machines complètes à l’intérieur de lui-même, chacune se croyant seule au monde. C’est ça, la virtualisation — et c’est la fondation de tout le projet. On ne va pas te l’expliquer : on va la créer.

Ton serveur bare-metal t’est livré avec Proxmox déjà installé (Proxmox, c’est le logiciel qui va découper ta machine physique en machines virtuelles). Ton travail commence ici : le prendre en main et lui faire fabriquer tes premières machines.

À la fin de cette phase, tu sauras…

  • Accéder à l’interface de Proxmox et lire l’état de ton serveur
  • Créer une machine virtuelle (VM) Debian en ligne de commande
  • Créer une seconde VM, avec un bureau graphique cette fois
  • Prouver que ces machines sont vraiment isolées les unes des autres
  • Expliquer avec tes mots ce qu’est un hyperviseur et une VM

01Entre dans ton serveur

Expérience 1

Ouvre Proxmox et regarde ce qui existe déjà

Dans ton navigateur, ouvre https://<IP-de-ton-serveur>:8006 et connecte-toi. Tu arrives sur l’interface de Proxmox. En haut à gauche, ton serveur apparaît comme un nœud (node).

Ouvre maintenant le Shell du nœud (bouton en haut à droite) et tape :

Manipule
qm list
Observe
VMID   NAME   STATUS   MEM(MB)   BOOTDISK(GB)   PID
(vide — aucune VM pour l'instant)
Le serveur tourne, mais il est vide : aucune machine virtuelle. C’est une page blanche. Tout ce que tu vas construire dans ce projet vivra ici.
Comprends qu’est-ce que Proxmox, au juste ?

Proxmox est un hyperviseur : un logiciel qui gère la création et l’exécution de machines virtuelles sur un serveur physique. La commande qm (« QEMU manager ») pilote ces VMs en ligne de commande ; l’interface web fait la même chose avec des clics. Les deux parlent au même moteur.

02Fabrique ta première machine

Expérience 2

Une VM Debian, en ligne de commande

D’abord, il faut l’image d’installation de Debian. Dans le Shell du nœud, récupère l’ISO :

Manipule
cd /var/lib/vz/template/iso
# Récupère le nom exact de l'image "netinst" stable actuelle sur debian.org/CD/netinst,
# puis télécharge-la (adapte le numéro de version à celui affiché) :
wget https://cdimage.debian.org/debian-cd/current/amd64/iso-cd/debian-13.5.0-amd64-netinst.iso

Puis, dans l’interface web, clique Create VM (en haut à droite) et renseigne :

RéglageValeur
Namedebian-cli
ISO imagel’image Debian téléchargée
Disk16 Go
Cores1
Memory2048 Mo

Démarre la VM (Start), ouvre sa Console, et installe Debian sans environnement de bureau (décoche « environnement de bureau », garde « serveur SSH » et « utilitaires usuels »).

Observe

Reviens au Shell du nœud et regarde ce que tu viens de créer :

qm list
qm config 100
VMID   NAME         STATUS    MEM(MB)
100   debian-cli   running   2048

cores: 1
memory: 2048
scsi0: local-lvm:vm-100-disk-0,size=16G
...
Une vraie machine vient de naître à l’intérieur de ton serveur : son propre disque, sa propre RAM, son propre système. Elle se croit seule sur du vrai matériel.
Comprends c’est quoi une « VM », concrètement ?

Une machine virtuelle est un ordinateur complet — processeur, mémoire, disque, carte réseau — simulé par logiciel. Debian, à l’intérieur, ne sait pas qu’il est virtuel : il voit « son » disque de 16 Go et « ses » 2 Go de RAM. En réalité, ce sont des tranches du matériel réel, découpées et attribuées par Proxmox.

03Une deuxième machine, différente

Expérience 3

Une VM Debian, avec bureau graphique

Refais l’opération (Create VM), mais cette fois nomme-la debian-gui, donne-lui plus de ressources (2 cœurs, 4096 Mo, disque 25 Go), et à l’installation, coche cette fois « environnement de bureau » (GNOME).

Observe
qm list
VMID   NAME         STATUS    MEM(MB)
100   debian-cli   running   2048
101   debian-gui   running   4096
Deux systèmes différents, côte à côte, sur un seul serveur physique : l’un sans interface, l’autre avec un bureau complet. Chacun avec ses propres ressources.
Comprends pourquoi deux machines sur un seul serveur ?

C’est tout l’intérêt de la virtualisation : rentabiliser le matériel. Au lieu d’acheter deux serveurs physiques, tu en découpes un seul en plusieurs machines isolées. Dans ce projet, tu en créeras plusieurs : des serveurs Linux, un pare-feu, un registre d’images… tous sur ta seule machine.

04Sont-elles vraiment séparées ?

Expérience 4

Prouve l’isolation — et protège ton travail

Manipule
qm stop 101        # on éteint brutalement la VM graphique
qm status 100      # et on regarde l'autre
Observe
status: running    # debian-cli continue, imperturbable
Éteindre une machine n’affecte pas l’autre. Elles partagent le matériel, mais sont totalement indépendantes. Redémarre la 101 : qm start 101.

Maintenant, un réflexe qui va te sauver tout au long du projet — la photo instantanée :

Manipule
qm snapshot 100 phase0-ok
Comprends pourquoi les snapshots sont ton filet de sécurité

Un snapshot fige l’état complet d’une VM à un instant. Si plus tard une manipulation casse tout, tu reviens à cet état sain en une commande (qm rollback 100 phase0-ok) — sans tout refaire. Dans ce projet, on prend un snapshot à la fin de chaque phase. C’est ton point de reprise.

Maintenant, la définition

Tu l’as fait de tes mains, on peut donc le dire simplement :

La virtualisation, c’est un hyperviseur (ici Proxmox) qui découpe un serveur physique en plusieurs machines virtuelles isolées, chacune avec son propre système, se partageant le matériel réel.

Serveur physiqueMachine virtuelle
Existencematériel réelsimulée par l’hyperviseur
Combien1 (ta machine OVH)autant que les ressources le permettent
Isolationtotale entre VMs
Créer / détruirelourd, physiqueen quelques clics / commandes

Et côté Cloud Ton serveur vit chez OVH. Peu à peu, tu vas aussi prendre en main l’espace OVH : gérer le DNS de tes domaines, les IP publiques, et plus tard une adresse MAC virtuelle pour le pare-feu. Cette partie « cloud » fait pleinement partie du métier — on y reviendra au moment où le projet en aura besoin.

Ce que tu retiens

Un seul serveur physique peut héberger plusieurs machines complètes et isolées, grâce à un hyperviseur (Proxmox). Tu sais maintenant en créer, les piloter, et surtout les protéger par snapshot — ton filet de sécurité pour tout le projet.

Mini-projet

Ton bac à sable est prêt

Crée une troisième VM toi-même, de bout en bout, et documente ce que tu as compris.

À faire

  1. Crée une VM debian-test : 1 cœur, 1024 Mo, disque 10 Go, Debian sans bureau.
  2. Vérifie-la : qm config <vmid> et qm status <vmid>.
  3. Prends un snapshot nommé base.
  4. Dans BookStack, écris une page « Phase 0 » : qu’est-ce qu’un hyperviseur, une VM, un snapshot — avec tes mots.

Critères de réussite

  • Trois VMs listées par qm list.
  • Un snapshot existe sur chacune (point de reprise de la phase).
  • Ta page BookStack explique clairement les trois notions.
Fil rouge — Tu as des machines vides. À la Phase 1, on va vraiment entrer dans Linux — en installant un premier vrai service, Jenkins. Pas encore pour le CI/CD : pour apprendre à administrer un système Linux réel (paquets, services, droits, journaux) sur quelque chose d’utile au projet.

?Auto-évaluation

1. Qu’est-ce qu’un hyperviseur ?

Le logiciel (ici Proxmox) qui crée et fait tourner des machines virtuelles sur un serveur physique, en leur répartissant le matériel.

2. Éteindre une VM affecte-t-il les autres VMs du serveur ?

Non. Les VMs sont isolées : elles partagent le matériel mais sont indépendantes.

3. À quoi sert un snapshot, et quand en prend-on un dans ce projet ?

Il fige l’état d’une VM pour y revenir en cas de problème. On en prend un à la fin de chaque phase — c’est le point de reprise.

Connecte-toi pour enregistrer ta progression.

Suite → Phase 1 — Linux & système (en installant Jenkins)